Femmes du monde

Posted on septembre 13, 2011

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Elles ont des noms à l’ancienne un peu démodés, Pénélope, Philomène, Blanche, Rosalie … Elles ont des enfants en bas âge et aussi des plus grands, parfois déjà des petits enfants. Des enfants à la maison et des enfants au pays. Des enfants pour qui elles font tout, pour qu’ils aient une vraie chance dans la vie.
Elles font les métiers que personne ne veut faire. Des ménages dans des bureaux, le matin de bonne heure ou le soir tard, dans les chambres des hôtels, les couloirs du métro. Vous les croisez sans les voir, sans savoir. Elles courent d’un enfant à un boulot, d’un boulot à un autre, d’un boulot à la crèche, et des fois repartent travailler le soir en laissant la garde des petits aux plus grandes.

Elles ont une énergie phénoménale et se débattent pour tout. Les papiers. Le droit au séjour. Le droit au travail. Un contrat pas trop précaire. Passer un permis de conduire. Quitter la cité pour donner un espace de vie plus calme à leurs enfants. Vivre leur vie de femmes libres. Aller à la capitale consulter le chirurgien qui répare les victimes de l’excision. Découvrir le plaisir d’être une femme.
Elles font tourner la maison, et économisent de l’argent pour envoyer au pays. De l’argent aussi pour voyager avec les enfants, pour aller voir ceux qui sont au pays, les enfants là bas, les parents, les anciens. Parfois aussi elles rentrent au pays pour des funérailles, une sœur qui a la même maladie qu’elles mais qui n’a pas pu être traitée. Ou les «évènements» au pays ont emporté un frère, un oncle, un cousin.

Vu comme ça, ce n’est pas drôle, vous devez penser ?
Et bien ce sont mes préférées. Elles arrivent toujours avec un sourire flamboyant. Elles rient au moindre prétexte. Elles disent que la vie est belle, docteur, regarde comme je vais bien et mes enfants sont beaux. Quand il fait chaud elles mettent leurs robes de couleur, et certains après midi d’été la salle d’attente est transformée en palette colorée, pleine de rires et d’enfants en poussette.

Mais si elles disent juste avec un petit sourire «ça va un peu», attention, il faut s’arrêter vite et creuser. Parce que si je vous raconte comment c’est quand «ça va un peu», là c’est sûr, on se met tous à pleurer. Heureusement c’est rare.

Quand je leur dit que leurs robes de couleur me plaisent, elles me font envoyer une tenue par leur sœur qui est au pays.

Quand je leur dit qu’elles forcent mon respect, elles rient.

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