Menés en bateau ?

Posted on mai 17, 2009

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Il y a une trentaine d’années, pour des raisons politiques, sa famille
et lui ont fui le Vietnam. Direction le Canada, où une partie de la famille
était déjà installée. C’est par la mer qu’ils sont partis, ces
"boat-people" qui ne sont pas tous arrivés. Lui, il a eu de la
chance, enfin, disons qu’il a survécu à la faim, à la soif, à la violence, aux
requins et aux pirates. Et finalement échoué en Thaïlande, dans un camp de
réfugiés, avec toujours le Canada comme destination finale. En Thaïlande il
s’est remis sur pieds, au sens propre. Il raconte que quand il est arrivé au
camp il ne tenait plus debout. Et puis les papiers, ou l’absence de. Le séjour
au camp se prolongeait, le Canada s’éloignait, et l’espoir d’une solution diminuait
de jour en jour. Un jour un Français est venu dans le camp. Il a dit que si
certains voulaient aller en France, ils partiraient dans les jours qui
suivaient, et que leur régularisation était garantie à l’arrivée. Alors il a
levé la main. De la France il ne savait rien, mais ce rien valait mieux que de
rester encore dans ce camp.

En France il a appris la langue, et un métier. Il a été naturalisé
rapidement. Épousé une française, et eu deux filles aux yeux verts et aux prénoms
métissés. Il est fier quand il peut emmener sa famille en vacances au Vietnam.
Et certaines années choisit plutôt le Canada comme destination, pour y retrouver
la partie de la famille qui vit là bas.

Elle aussi a fuit son pays, mais beaucoup plus récemment. Elle a quitté
le Nigeria à pied. Partie vers l’ouest, elle a finalement rejoint Dakar. Ne veut
pas dire comment elle a payé les camionneurs qui lui ont fait faire un
bout de chemin, ni où elle a dormi, ni comment elle a trouvé à manger. Ce qu’elle
voulait ? Rejoindre sa sœur à Toulouse. De Dakar elle est partie en bateau. "De
ces bateaux où il y a des morts", c’est tout ce qu’elle arrive à raconter
de ce périple. Où elle a touché terre elle ne me l’a pas dit, mais finalement
elle est arrivée à Toulouse, il y deux ou trois ans. Elle a appris le français
dans la rue, mais n’a pas de statut légal sur le territoire. Elle n’a jamais
voulu me dire de quoi elle (sur)vivait, ni même quel âge elle a vraiment.
Officiellement elle est majeure … Et puis un jour elle m’a apporté un courrier
sur papier à en tête de l‘Amicale du Nid, un éducateur qui signalait qu’elle
n’avait même pas une autorisation de séjour pour soins, et qu’il fallait absolument
obtenir au moins ça pour la protéger d’une expulsion.

Régulièrement les journalistes parlent de bateaux retrouvés au large de
la Sicile, de Gibraltar … des corps repêchés, des disparus en mer, et de ceux
qui survivent mais dont l’Europe ne veut pas. Des passeurs qui s’engraissent et
contre qui personne ne peut rien. De ces mères qui pleurent sur les plages du Sénégal
mais ne savent pas empêcher leurs enfants d’embarquer.

Et je n’arrive même pas à imaginer quel niveau de souffrance il faut
atteindre pour fuir son pays dans ces conditions.

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