A mi chemin, 20 ans après ?

Posted on février 5, 2009

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Au départ une envie d’aider, de partager de soulager. J’aurais pu être assistante sociale, avocate, ou défenseure des causes perdues … mais dans la famille il fallait être scientifique, ou « apparentée ». Alors un jour de Juin, bac tout neuf en poche, tout d’un coup « faire médecine » parut être une bonne idée. Quelques années plus tard, toute pleine de belles connaissances théoriques bien rangées dans les petits tiroirs de ma tête, les premiers stages à l’hôpital, les premiers patients. « Mes » premiers patients, ils
étaient minuscules. Moins de 1 kg parfois, trop vite sortis du ventre de maman, ou pas encore grandis et déjà très malades. La mort rodait dans les couloirs malgré la bonne humeur et la volonté de l’équipe.

Des conclusions après ce stage : je ne serais pas pédiatre. Je pensais même que je n’aurais pas d’enfants. Le problème du médecin ce n’est pas la maladie.
La mort est l’ennemie ultime, et je devais apprendre, comprendre, travailler et grandir pour apprendre à la tenir à distance. Mais la mort est aussi la compagne de toute les vies, il faut savoir la respecter, et la laisser venir au bon moment. Déjà une petite voix au fond semait les graines d’une réflexion jamais éteinte. La vie, c’est mon métier. La survie, c’est parfois un objectif à court terme. Mais des fois, une mort digne et accompagnée vaut mieux qu’une survie acharnée. Et cela ne dépend pas de l’âge du capitaine….

Plus tard une rencontre. Un service ensoleillé, depuis les fenêtres on voyait la mer, le bleu du ciel et les avions décoller. Derrière les portes des chambres, isolés par crainte d’une transmission dont l’on ne connaissait pas les modalités, quelques jeunes commençaient à mourir. Ils avaient le « cancer gay ». Pas gai, vraiment. Pas tous gays non plus, mais plus ou moins dépendants de substances injectables, ou ayant par amour partagé la vie d’un autre.

Un sacré défi, cette histoire. Tout était à découvrir, à comprendre, à explorer. Les malades avaient mon âge, et peu ou prou nous partagions des modes de vie. J’aurais pu être une copine, une amie, une voisine. Mais j’étais devenue « leur » docteur. Et le « patron » de l’époque, par la confiance qu’il m’a donnée et par son esprit curieux et d’avant garde, n’a eu besoin que d’une phrase pour m’engager dans cette bataille.

La première période fut noire, deuil, tristesse et accompagnement. Nous sommes, médecins et patients, encore nombreux à nous en souvenir. Mais elle fut aussi fabuleuse, une femme identifiait le virus à Paris, des chercheurs développaient des tests biologiques pour mesurer mieux la santé des patients, d’autres accéléraient les processus pour mettre des médicaments à disposition en urgence. Sans jouer aux apprentis sorciers. Sans verser dans le charlatanisme.

La résistance s’organisait entre nous. Nous avons été nombreux à souhaiter travailler ensemble. Nous voir, nous parler, partager nos expériences, nos avancées, et devenir chercheurs, explorateurs. En attendant de pouvoir proposer des médicaments vraiment efficaces à nos malades, au moins pouvoir leur dire les yeux dans les yeux que la recherche avance et que nous travaillons la main dans la main pour gagner le plus vite possible.

Puis 1996, et les trithérapies. Changement de paysage, mais n’oublions pas que la bataille n’est pas gagnée. Respirer juste un peu mieux, travailler moins dans l’urgence. Les médicaments ne doivent plus seulement être efficaces, mais aussi faciles à prendre et dénués de toxicité au long cours. Et « mes » patients ont toujours le même âge que moi …. Certains se plaignent de vieillir. Je me plais à leur rappeler que vieillir c’est être vivant. Et je les taquine en leur disant qu’ils seront toujours là quand je prendrais ma retraite.

Un rêve au fond de moi que j’ose à peine exprimer. Et si avant que je ne prenne la retraite, on avait fait un autre grand pas en avant, vaccin,
guérison, éradication, qui sait ? Je suis encore là pour 20 ans ……………….

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