Ca va chémar – grand ado malade

Posted on février 23, 2008

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Pas de chance. Naitre hémophile au milieu des années 80 n’était pas un bon départ. Grandir malade, hospitalisations fréquentes, traitements permanents, n’étaient pas un chemin facile. Etre handicapé dès l’adolescence, articulations bloquées par les hémorragies trop fréquentes, ne facilitait pas le passage à l’âge adulte. La mort promise avant d’atteindre l’âge adulte n’incitait pas à consacrer son temps à l’apprentissage d’un métier. L’argent de l’indemnisation suffisait à faire face aux dépenses quotidiennes, et l’avenir n’était pas au programme. Etre suivi dans un service de pédiatrie jusqu’à presque 20 ans ne donnait pas beaucoup de place à l’homme que vous étiez devenu. Entre le tutoiement habituel de la pédiatre et la présence permanente du père, difficile de trouver sa place.

Je n’ai pas un bon souvenir de cette première consultation où, toujours accompagné de votre père, vous étiez venus voir si « je pouvais faire quelque chose pour vous ». Du haut de votre mètre quatre vingt cinq, vous ne pesiez plus que 55 kilos, et en vous examinant j’ai pensé que la réponse à la question était simple. Non.

Mais la chance parfois change de camp. Et voilà que peut être ma réponse pouvait être plus optimiste. Peut être. A condition …. que vous acceptiez d’avaler de nombreuses et grosses gélules … des nouveaux médicaments même pas encore commercialisés … que votre corps les tolère … que vous acceptiez d’utiliser un produit injectable, deux fois par jour, même si ça fait mal et qu’on n’a pas beaucoup de place pour trouver de nouveaux lieux à piquer … que vous ayez envie de vous battre … que je trouve les bon mots pour vous soutenir … que vous en ayez encore la force …

Pas tout à fait convaincue, je vous ai dit : « Allez, on s’accroche, on essaie, ça va chémar!! »
Votre sourire éclatant au milieu de ce désastre m’a fendu le cœur. J’ai rassemblé toutes les forces vives disponibles autour de moi pour vous accompagner.

Dès le premier mois les magnifiques résultats ont suffit à vous insuffler la force de poursuivre, et à nous tous une merveilleuse énergie pour vous soutenir et vous accompagner. Depuis, cheminant tranquillement mais surement, vous avez rattrapé la vie normale d’un jeune homme de votre âge. Une compagne, une formation professionnelle, un emploi, un appartement …

Je n’oserais jamais vous dire l’admiration que m’inspirent votre sourire, votre gentillesse et votre volonté, si bien cachés derrière votre apparence de grand ado dégingandé, bancal, dont je me suis surprise un jour à partager le langage.

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