Chronique d’une mort annoncée – Tome 3

Posted on février 20, 2008

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J’ai compris bien tard (trop tard) à quel point vous aviez tissé, sagement, savamment, et patiemment, les fils entre nous qui ne pourraient que nous rapprocher, dont je ne saurais me défaire. Un travail qui avait débuté bien longtemps avant les derniers moments, mais qui vous a assuré mon plus grand soutien jusqu’au bout. Mais vous l’avez fait si gentiment, si délicatement, si discrètement, et avec tellement d’humour que je n’ai pas su y résister. Et avec tellement de respect.

Vous m’avez « draguée », vous l’homosexuel militant, comme on drague le fond de la mer pour en prendre toutes les ressources. Pour tout ramasser et resserrer contre soi. Pour pouvoir disposer de toutes les ressources au bon moment. Je vous ai dit que je m’étais laissée prendre dans les filets de votre séduction. Vous saviez bien que vous aviez gagné.

C’est pour cette raison que je n’ai pu accepter de vous aucun remerciement. J’ai accompagné aussi bien que j’ai pu mon plus cher patient, car il était devenu une sorte d’ami à qui l’on ne peut rien refuser. Vous avez très bien organisé cette ressource, comme tout le reste. Le combat est parfois agréable à mener, m’avez-vous dit ….

Et puis je suis repartie m’occuper des vivants, comme vous me le disiez chaque fois que je passais vous voir le soir dans votre chambre avant de quitter le service. « Allez, rentrez chez vous, votre famille vous attend, ils ont besoin de vous … » Quelques fois vous l’assortissiez d’une phrase rassurante pour le docteur, me disiez que vous étiez bien, serein, prêt pour la nuit. Que l’on se reverrait le lendemain.

Le dernier soir vous m’avez dit « je suis bien, vous pouvez partir » mais tout votre regard disait le contraire. J’ai fait semblant de vous croire et je suis partie. J’ai pleuré dans le couloir.

 

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